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Projets scientifiques


Frédéric Clette
Observatoire Royal de Belgique
avenue Circulaire, 3
1180 Bruxelles

Une occasion rare à saisir

Dans quelques mois à peine va se produire une éclipse totale de Soleil sur une partie de la Belgique. A juste titre, on peut parler de "l'année de l'éclipse" pour la Belgique et l'Europe en général. En effet, si une telle éclipse totale se produit à peu près deux fois tous les trois ans, il faut le plus souvent voyager au bout du monde pour y assister. En un lieu donné, l'intervalle moyen entre deux éclipses est en revanche de quelque 370 ans.

Ainsi, pour la Belgique, la dernière éclipse totale date de 1433 et pour assister à une éclipse équivalente à celle de cette année, il faudra attendre encore 6 générations. Même en considérant qu'un voyage de 2000 km jusqu'à une zone d'éclipse quelque part en Europe ne représente pas un obstacle, ce qui pourrait se concrétiser dans le futur, la dernière éclipse "proche" date quand même de 1961 et la prochaine s'annonce seulement pour 2081. A l'échelle d'une vie humaine, vivre une éclipse totale reste donc le plus souvent une occasion unique.

Impact général de l'éclipse totale

L'événement de cette année se distingue moins par la durée (2 minutes 15s contre un maximum possible dépassant 7 minutes) que par son parcours, qui traverse une des régions les plus peuplées du globe, dont plusieurs grandes villes telles que Stuttgart, Munich ou Bucarest. L'impact au niveau du grand public sera donc important, et une migration massive de touristes d'un jour vers la bande d'éclipse est d'ores et déjà envisagée. Ainsi, bien au delà de l'intérêt scientifique du phénomène, une préparation logistique s'impose au niveau des organismes civils, publics ou privés, ou même militaires : information du public (nature du phénomène, date et heure, protection des yeux, prévisions météorologiques), infrastructure de logement et "horeca" sur la zone de totalité, voies d'accès et engorgement du trafic aux approches de cette Zone endéans quelques heures de l'éclipse, planification des mesures à prendre pour cet intervalle inhabituel d'obscurité d'une heure environ en pleine journée (gestion de l'éclairage artificiel, pic de consommation pour les distributeurs d'électricité), perturbation temporaire de la vie économique et sociale (suspension des activités, demandes groupées de congé).

Jusqu'ici, l'exemple le plus marquant fut donné par les services de Santé des Cornouailles en Angleterre, qui en novembre dernier, ont mis en garde la population via les medias en déconseillant aux femmes de tomber enceintes durant ce mois, pour ne pas risquer de devoir accoucher le jour de l'éclipse, quand la saturation du réseau routier rendra l'accès aux maternités difficile et incertain. Heureusement, cette situation particulière ne se présentera pas en Belgique, si ce n'est dans une moindre mesure autour de Virton et Arlon.

Il faut savoir en effet, qu'une telle éclipse n'a rien en commun avec tous les autres phénomènes astronomiques, qui, aussi impressionnants soient-ils, se déroulent toujours "là-haut" dans le ciel et demandent au moins qu'on prenne la peine de lever le nez, le plus souvent après s'être extrait de son sommeil. Une éclipse totale se produit en effet autant dans le ciel que sur Terre, et l'observateur devient lui-même un élément du phénomène qui l'enveloppe, et tout cela en pleine journée. A ce titre, même une personne non avertie va se trouver tout à coup englobée dans un événement qui la dépasse, d'autant qu'elle n'en a aucune expérience antérieure. Toutes les réactions sont possibles, jusqu'à l'hystérie ou la panique. L'histoire garde les marques de l'impression profonde laissée par les éclipses solaires sur des épisodes importants ou dans les philosophies religieuses. Toutes les perceptions sont sollicitées : non seulement la vision cosmique offerte par la couronne solaire et l'envahissement du ciel par l'ombre gigantesque de la Lune, mais aussi l'ambiance sonore (comportement perturbé des animaux ... et des hommes) et le toucher (chute rapide de la température, vent, etc.) ce qui contribue au sentiment profond d'enveloppement par une intrusion immatérielle. Il est donc opportun ici de prendre en compte consciemment les attitudes et comportements irrationnels qui ressurgissent invariablement lors de chaque éclipse dans une frange des populations concernées, même dans notre monde dit "moderne".

L'Observatoire Royal et le public

Dans ce contexte, l'Observatoire Royal de Belgique (ORB) a donc un rôle important à jouer pour informer le public, et les astronomes s'y préparent déjà depuis plusieurs mois. Cependant, vu la dimension exceptionnelle de l'événement, notre institut n'est pas à même de répondre à toutes les demandes individuelles. Notre but consiste donc à rassembler et diffuser une information pertinente et fiable, d'une part à l'adresse du public, via plusieurs publications et une page Web, et d'autre part à l'usage d'organismes officiels, publics ou privés, dont les activités peuvent se trouver influencées ou perturbées à l'occasion de cet événement exceptionnel. En effet, il faut savoir que, vu la rareté du phénomène, de nombreux préjugés ou idées erronées circulent dans tous les milieux, quel que soit leur niveau de culture scientifique, et peuvent mener à des décisions inappropriées ou même parfois dangereuses (protection de la vue, par exemple). En dehors de ce service de "référence spécialisée", l'ORB se réjouit que divers groupements d'astronomes amateurs s'occupent de la dissémination de l'information pour le plus grand nombre, à travers des activités aussi diverses que la publication de livres et articles de vulgarisation, des cycles de conférences itinérants, et pour la date de l'éclipse proprement dite, l'organisation de sessions guidées d'observation depuis des sites ouverts au public. Diverses adresses sont mentionnées dans les publications disponibles à l'Observatoire, et de nouvelles activités seront certainement annoncées à mesure que la date fatidique approche.

Programme scientifique

Bien que l'Observatoire poursuive de longue date un programme d'observation scientifique des éclipses, la proximité inhabituelle de la prochaine éclipse totale représente une occasion unique pour développer des expériences plus ambitieuses, faisant appel à un matériel plus lourd, d'habitude intransportable vers des sites lointains. Ces circonstances exceptionnelles ont également inspiré des projets inédits à d'autres groupes de recherche appartenant aux autres instituts du plateau d'Uccle, et pour lesquels l'étude d'une éclipse est entièrement nouvelle.

Couronne solaire :

Le Département de Physique Solaire ajoutera ainsi une nouvelle éclipse (la 7ème depuis 1973) à son programme de cartographie de la distribution des électrons libres dans la couronne solaire, celle-ci constituant l'objet primordial observé lors des éclipses. Cette fois, deux stations largement séparées en longitude (France et Roumanie) seront mises sur pied, et pour l'occasion, un nouveau système de caméra, normalement installé en poste fixe sur les télescopes solaires d'Uccle, sera déplacé vers la bande de totalité. Combinées avec les données spatiales de la sonde SOHO, les images seront exploitées pour l'étude du plasma magnétisé formant la couronne et de son renouvellement permanent au cours du fameux cycle d'activité de 11 ans.

Météorologie et gravimétrie :

Tous les autres projets développés par l'Observatoire Royal (ORB), l'Institut Royal Météorologique (IRM) et l'Institut d'Aéronomie Spatiale (IASB) concernent les multiples effets induits par le passage de l'éclipse sur l'environnement terrestre et abordent des domaines d'investigation essentiellement inexplorés jusqu'ici.

En ce qui concerne la basse atmosphère (troposphère), le Département de Géophysique (ORB) envisage de répéter l'analyse de la réponse impulsionnelle de l'atmopshère terrestre au passage de l'ombre lunaire, exécutée déjà avec succès au Brésil en 1994, mais cette fois avec une réseau étendu de stations européennes. De surcroît, comme une des stations permanentes de gravimétrie de l'ORB se retrouve par chance sur le trajet de l'éclipse (Sud Luxembourg), cette opportunité sera bien sûr exploitée afin d'affiner les connaissances des effets géophysiques (effets gravifiques des ondes de pression induites sur le sillage de l'ombre). A l'IRM, on retrouve bien sûr la station météorologique automatique surveillant la variation des principaux paramètres atmosphériques au sol sous l'action de la réduction du rayonnement solaire (la chute de température typique va de 8 à 10 °C) . Cette expérience a déjà fonctionné lors de plusieurs éclipses et sera installée dans le Nord de la France. D'autre part, la modulation du spectre solaire en fonction de la longueur d'onde sera suivie de près en differentes stations du réseau synoptique belge afin d'établir le bilan radiatif au sol pour différentes profondeurs de l'éclipse partielle.

Aéronomie :

La variation brutale du rayonnement solaire se produit aussi dans le domaine des courtes longueurs d'onde (rayonnement UV et X) issues principalement de la basse couronne solaire. Or, ces rayonnements "durs" ont une influence immédiate sur les subtiles équilibres photochimiques de la haute atmosphère terrestre (composants minoritaires et ozone stratosphérique) et sur la libération d'électrons dans l'ionosphère (couches ionisées agissant sur la propagation des ondes radio à longue distance). C'est notamment pourquoi les distorsions des signaux GPS (Global Positioning System) reçus par les stations belges (ORB) seront mesurées afin d'analyser les équilibres d'ionisation en jeu dans l'ionosphère. Profitant du fait que la station de Dourbes (IRM) se situe à proximité de la bande de totalités d'autres sondages du contenu électronique de l'ionosphère seront obtenus de cette station, où seront également surveillées les variations dans le temps du champ magnétique terrestre et la modulation associée du flux de rayons cosmiques pour les corréler avec le passage de l'ombre lunaire.

L'Institut d'Aéronomie Spatiale (IASB-BIRA) observera les modifications de la composition atmosphérique et du rayonnement liées à l'éclipse au moyen de ses équipements au sol. D'abord, une station automatique réalisera des mesures spectrales, en bandes étroites de longueur d'onde et intégrées des composantes totale, diffuse et directe du rayonnement solaire entre 280 et 600 nm. Durant l'éclipse, il est prévu d'augmenter la cadence de prise de données jusqu'à une fréquence d'une mesure par seconde. Il sera dès lors possible de déterminer avec une haute résolution temporelle la "cinétique" de la variation du rayonnement solaire en fonction du pourcentage du disque solaire masqué. Ensuite, l'IASB-BIRA dispose aussi d'une station mobile de mesure de la composition atmosphérique basée sur le principe de la Spectroscopie d'Absorption Différentielle (DOAS). Cette station pourrait être déployée à Uccle ou sur le trajet de l'éclipse en vue d'effectuer une mesure des changemens induits dans la composition atmosphérique. Les constituants visés sont des molécules à durée de vie courte telles que le dioxyde ou le trioxyde d'azote dont l'équilibre photochimique pourrait être perturbé à l'échelle de temps de la durée de l'éclipse (quelques minutes).

Un coup de pouce de la nature :

En somme, l'influence de l'éclipse sur l'environnement terrestre aura rarement été analysée avec autant de finesse par une ensemble aussi important d'instruments avancés, à travers toute l'Europe. L'intérêt de ces recherches dépasse largement le domaine exotique des éclipses totales. En effet, le déplacement rapide, à vitesse supersonique (près de 3000 km/h), d'une ombre d'environ 120 km de diamètre induit une sollicitation locale du milieu terrestre dont l'aspect soudain, quasi impulsionnel en comparaison avec le cycle diurne habituel par exemple, est susceptible d'améliorer notre compréhension des liens complexes qui régissent l'évolution habituelle de notre environnement. L'échelle même du domaine atmosphérique exclut toute forme d'expérimentation humaine directe, et le concours fortuit de la nature par l'entremise de cette éclipse solaire offre en l'occurence une opportunité à exploiter avec le maximum de moyens.


Polarimétrie de la couronne solaire

F. Clette, J.-R. Gabryl, P. Cugnon
Département de Physique Solaire, Observatoire Royal de Belgique
avenue Circulaire, 3
1180 Bruxelles

Qu'allons-nous observer ?

Actuellement, malgré le développement des techniques d'observation spatiale, les éclipses totales de Soleil constituent toujours la seule opportunité pour réaliser certains types d'observation de la haute atmopshère solaire. En l'occurrence, l'expérience qui sera réalisée par l'équipe de Physique Solaire de l'ORB exploitera la possibilité de déterminer la densité d'électrons libres, c-à-d le constituant principal du plasma coronal avec les protons, de 1 à 3 rayons solaires au-dessus du limbe. Cette zone, très importante mais mal couverte par les autres techniques, est actuellement considérée comme celle où prend naissance le vent solaire, ce mouvement d'expansion du plasma solaire qui baigne toutes les planètes, y compris la Terre, et interagit avec celles-ci.

La mesure de la densité électronique et des ses inhomogénéités constitue l'une des données fondamentales pour modéliser les processus physiques d'échauffement extrême (plus de 1 million de degrés) et d'accélération du plasma coronal. Un sous-produit de cette analyse sera d'apporter une référence d'étalonnage pour les instruments embarqués dans des sondes spatiales, notamment la mission SOHO à laquelle participe le Département de Physique Solaire (expérience EIT).

Principe de l'expérience

Afin de séparer la lumière diffusée par les électrons libres proprement dits des composantes non-solaires produites par les poussières interplanétaires et par l'atmosphère terrestre, le dispositif optique est équipé d'un filtre polarisant rotatif . L'analyse d'un ensemble d'images faites pour une série d'angles du polariseur permet d'isoler la "vraie" couronne électronique, dont la lumière est polarisée, en rejetant les autres contributions non-polarisées. Le taux de polarisation offre en outre une information partielle sur la répartition en profondeur des électrons, ce qui permet finalement de reconstruire le distribution globale des électrons dans l'espace à trois dimensions.

Une longue histoire

La campagne d'août 1999 s'inscrit dans un programme de recherche à long terme, qui a commencé lors de l'éclipse de 1973 et inclut déjà pas moins de 6 éclipses totales (1973, 1980, 1983, 1991, 1994, 1998), avec un seul échec dû aux nuages en 1976. L'ensemble des images recueillies fournit un aperçu assez unique de l'évolution de la morphologie de la couronne. Celle-ci révèle l'architecture des champs magnétiques solaires et évolue continuellement au cours du cycle d'activité solaire, dont la période s'étale sur 11 ans environ.

Dispositif pour le 11 août 1999

L'expérience de base, qui est restée essentiellement inchangée depuis 1973, utilise une petite lunette photographique équipée d'un filtre polariseur à 3 ou 6 positions indexées. Cette expérience est poursuivie, vu sa simplicité et donc sa fiabilité, et aussi parce qu'elle assure la continuité à long terme avec toutes les autres éclipses depuis le début de ce programme.

Deux stations d'observation seront installées en deux sites éloignés géographiquement (Nord-Est de la France, centre de la Roumanie) afin d'augmenter les chances d'observer la couronne dans un ciel dégagé et aussi d'étudier tout changement dans la couronne durant l'intervalle de temps entre les instants de totalité aux deux sites (30 minutes environ).

Outre l'expérience photographique, un dispositif plus sophistiqué mais utilisant le même procédé de polarimétrie fournira des images numériques de la couronne aux deux stations. Equipés de caméras CCD (matrice en silicium), ces instruments permettront d'accumuler une centaine d'images en seulement deux minutes (la totalité sera brève), soit plus que ce qui a déjà été obtenu avec succès lors des éclipses plus longues de 1991, 1994 et 1998. Ces données, exploitables directement sans traitement photographique intermédiaire, permettront une analyse plus fine et plus précise du rayonnement visible et proche-infrarouge diffusé par la couronne.


Projet d'observation des effets induits par l'éclipse totale de Soleil du 11 Août 1999

M.van Ruymbeke, B.Ducarme et A.Somerhausen
Observatoire Royal de Belgique
avenue Circulaire, 3
B-1180 Bruxelles

Introduction

L'Observatoire Royal de Belgique (ORB) participe à l'étude des variations du champ de pesanteur à la surface de la Terre depuis de nombreuses années. A ce titre, les effets perturbant les mesures sont pris en compte en particulier les variations de la pression atmosphérique. La précision atteinte avec les gravimètres modernes devrait permettre de confirmer certains effets induits sur la pression atmosphérique par le passage de l'ombre de la Lune. Ces variations sont aussi susceptibles d'être mises en évidence par un réseau de stations barométriques. Ces deux approches seront mises en oeuvre au cours de l'éclipse du 11 août 1999.

Objectifs scientifiques

Le passage d'une ombre d'environ 120 kilomètres de diamètre se déplaçant à une vitesse d'environ 2.000 km/h perturbe les équilibres atmosphériques. Le refroidissement de la colonne d'air durera 160 minutues entre le premier contact et la fin de l'éclipse. En particulier, l'intervalle de temps pendant lequel l'atténuation de l'intensité lumineuse est de plus de 96% durera environ dix minutes. La totalité de l'éclipse est la partie la plus spectaculaire pour le plus grand nombre d'observateurs qui disposeront d'une obscurité totale durant plus de 2 minutes; les effets qui nous concernent sont d'une durée beaucoup plus longue. La modification des équilibres atmosphériques peut se traduire par des effets immédiats et des effets se prolongeant plus ou moins dans le temps et sensibles à grande distance.

A titre de comparaison, imaginons les suites du passage d'un bateau sur un lac. Autour de celui-ci, les effets de sa présence sont visibles. Bien après son passage, des ondulations se déplacent à la surface de l'eau. La mise en mouvement de l'eau du lac présente des caractéristiques bien particulières. Suivant que le bateau se meut à une vitesse supérieure ou inférieure à l'ondulation, il y aura ou non formation d'une onde de choc. Pour l'éclipse, la vitesse de l'ombre est supersonique et on observera une onde de choc thermique. Les ondes de pression qui peuvent se propager à grande distance seront beaucoup plus lentes sur le trajet de l'éclipse. On établira les corrélations éventuelles entre les variations de l'intensité lumineuse et des effets particuliers (variations de pression, de température, d'humidité relative, de pluviométrie, de la pesanteur ...) présents dans les signaux enregistrés durant l'éclipse par les divers instruments de notre réseau. Nous avons mis au point nos méthodes d'observation durant les éclipses du 11 juillet 1991 au Mexique et du 3 novembre 1994 en Amérique du Sud ( Brésil) .

Nos expériences au Mexique et au Brésil

Durant l'éclipse de 1991, un gravimètre de l'Observatoire Royal de Belgique fut installé à l'Université de Mexico où il a permis de détecter un effet de pression anormal sur l'instrument. Cependant, les données météorologiques suffisamment précises pour l'interprétation nous ont fait défaut. En 1994, au Brésil, on a remédié à ce problème par l'installation d'un réseau d'observation installé dans la région de Pato Branco, située dans le Parana au sud du Brésil. A la station centrale, deux gravimètres enregistraient les changements de pesanteur. Les capteurs climatologiques qui complétaient la station consistaient en deux barographes de précision, des capteurs de luminosité, de température et d'humidité. Trois stations réparties dans la région à environ 25 km étaient équipées des même capteurs. Le rythme d'acquisition retenu était d'une mesure chaque minute. La grande dynamique de nos systèmes a permis de détecter des changements faibles des conditions ambiantes. L'expérience acquise au Brésil est la base du projet mis en place pour l'éclipse du 11 août en Europe.

Organisation du projet

Notre projet utilisera les deux approches déjà mentionnées. Les stations gravimétriques seront installées près de la ligne de centralité dans le Nord de la France. Les stations barométriques seront placées à coté des gravimètres et le long de profils perpendiculaires de part et d'autre de cette ligne jusqu'à des distances de 300 km. Les enregistrements couvriront une période de deux mois centrée sur l'éclipse. La répartition des sites d'observation sera fonction du premier objectif scientifique qui est la mise en évidence d'ondes de pression dans l'atmosphère terrestre induites par l'éclipse. Le second objectif sera d'étudier les résidus des signaux gravimétriques et leur corrélation avec les mesures des variations de pression durant les deux mois d'enregistrements et durant l'éclipse. Cela devrait permettre une comparaison des susceptibilités dans ces deux cas de figure. Si ces expériences s'avèrent concluantes, une comparaison sera effectuée sur base des enregistrements des variations de la pesanteur effectuée par des gravimètres cryogéniques installés à Membach, Strasbourg et Vienne.

Description des types de capteurs utilisés

Les conclusions de l'expérience brésilienne ont orienté nos choix. Nous utiliserons des systèmes d'observation originaux développés dans le cadre de projets de la CE.

Les stations comprendront deux compartiments séparés par un tube. La partie inférieure sera enterrée à 50 cm de profondeur afin d'atténuer les effets thermiques pouvant influencer les mesures. Elle comprendra le microbarographe, l'acquisition continue de toutes les données digitisées, la base de temps, un thermomètre à haute résolution et une batterie. La partie supérieure placée à 1,5 m au-dessus du sol, sera équipée de capteurs d'enregistrement de la luminosité, de la température de l'air, de l'humidité, de la pluviosité éventuelle, etc. ... . La collecte des données se fera sur place et elles seront transmises par Internet vers l'Observatoire Royal de Belgique où nous rassemblerons tous les enregistrements. Les étalonnages sont prévus lors de la réalisation des stations avec des contrôles lors des montages et démontages des systèmes.


Observation du contenu électronique total de l'ionosphère grâce au Global Positioning System lors de l'éclipse totale de Soleil du 11 août 1999.

René Warnant
Observatoire royal de Belgique
Avenue Circulaire, 3
B-1180 Bruxelles

Le Global Positioning System

Le Global Positioning System (GPS) ou Système de Positionnement Global est un programme développé par le Département de la Défense des Etats-Unis. Son objectif est de permettre à un utilisateur équipé du matériel adéquat de déterminer sa position à tout moment dans un système de référence mondial. Principalement destiné à la navigation maritime ou aérienne, ce système est composé de 3 segments: le segment spatial, le segment utilisateur et le segment terrestre. Les 27 satellites qui composent le segment spatial du GPS émettent 2 radiofréquences, appelées L1 (1575,42 MHz) et L2 (1227,6 MHz); ils se meuvent sur 6 plans orbitaux à environ 20200 kilomètres d'altitude. Les récepteurs GPS, qui constituent le segment utilisateur, sont des appareils capables d'effectuer sur ces 2 signaux des mesures permettant de calculer la position d'un observateur, en temps réel, partout et à tout moment sur Terre, quelles que soient les conditions atmosphériques, avec une précision de 25 à 100 mètres. Le segment terrestre est constitué de 5 stations de poursuite qui gèrent le fonctionnement du GPS.

Les applications du GPS

Le nombre d'applications du GPS ne cesse de croître et n'a pour limite que l'imagination des utilisateurs. En voici quelques-unes:

Navigation

A l'origine, le GPS a été conçu par le Département de la Défense des Etats-Unis pour permettre le positionnement rapide et précis de véhicules militaires partout sur Terre. En pratique, n'importe quel utilisateur muni d'un récepteur GPS peut déterminer sa position en temps réel avec une précision comprise entre 25 et 100 m.

Positionnement de précision

Dans le domaine de la navigation, l'observateur doit déterminer sa position en temps réel c'est-à-dire, immédiatement, à l'instant même de la mesure. Cependant, le positionnement le plus précis est obtenu en temps différé: dans ce cas, l'observateur effectue ses mesures, les stocke sur le disque dur de son ordinateur et effectue ses calculs une fois retourné au bureau. Cette technique permet dans les cas les plus favorables d'obtenir des précisions de quelques millimètres sur des distances de quelques dizaines de kilomètres.
Le GPS est devenu un outil d'une valeur inestimable en géodésie et en géophysique. En effet, de nombreux domaines de la géophysique requièrent des mesures extrêmement précises de distances ou plus exactement de variations de distances au cours du temps : tectonique des plaques, séismologie, volcanologie, ...

Etude de l'atmosphère terrestre

Lors de leur traversée de l'atmosphère, les ondes radio émises par les satellites GPS subissent l'effet de la réfraction atmosphérique. En général, le GPS est utilisé pour déterminer la position d'un observateur et la réfraction atmosphérique est une perturbation qu'il faut éliminer pour obtenir des positions précises. D'autre part, l'effet de la réfraction atmosphérique sur le signal GPS est caractéristique des propriétés de l'atmosphère:

Dans le cas où la position du récepteur est connue avec une bonne précision, les mesures GPS peuvent être utilisées pour calculer l'effet de la réfraction atmosphérique sur le signal GPS. Dans ce cas, l'inconnue à résoudre n'est plus la position de l'observateur mais la perturbation atmosphérique qui, elle-même, dépend de paramètres tels que le contenu électronique total de l'ionosphère ou la quantité de vapeur d'eau dans la troposphère. C'est de cette manière que le signal GPS permet de déterminer le contenu électronique total ainsi que la quantité de vapeur d'eau dans l'atmosphère. Il est très probable que la mesure de l'humidité troposphérique par le GPS constituera un apport d'une valeur inestimable pour la météorologie dans les 5 années à venir.

Expérience lors de l'éclipse

Le rayonnement solaire est la principale source d'ionisation dans l'ionosphère. Lors de l'éclipse, cette source d'ionisation va d'abord disparaître graduellement pour ensuite réapparaître (ce qui n'est pas le cas lors d'un coucher de soleil). L'expérience consiste à observer le comportement du contenu électronique total de l'ionosphère pendant l'éclipse en utilisant les observations GPS effectuées dans les 7 stations permanentes de l'Observatoire royal (Fig. 1) ainsi que par 2 stations qui seront installées pour l'occasion en zone de totalité dans le Nord de la France.

L'intérêt de l'expérience est le suivant:


L'éclipse solaire totale au Centre de Physique du Globe à Dourbes

Jean-Claude Jodogne
Institut Royal Météorologique
avenue Circulaire, 3
1180 Bruxelles

Le département Géophysique de l'Institut Royal Météorologique organise une campagne de mesures particulières au Centre de Physique du Globe, impliquant la section Observations et instruments géomagnétiques et la section Profils ionosphériques. Le Centre est situé à quelques pas de la zone de totalité (Lat: 50° 06'N; Long: 4° 36'E) ce qui est une circonstance exceptionnelle.

Les mesures de l'induction magnétique du champ terrestre nécessitent la mesure de trois nombres car il s'agit d'un vecteur. Par exemple, la mesure de la déclinaison D, de l'inclinaison I et de la grandeur F du vecteur. Les appareils absolus de référence en Belgique seront utilisés pour cela:

L'ionosonde de référence est une Digisonde 256 qui balaie linéairement par pas de 0,05 Mhz la gamme des fréquences radio HF depuis l Mhz jusqu'à une fréquence ajustable au plus égale à 30 Mhz. En plus de la cadence habituelle d'un sondage par heure, les mesures seront effectuées jusqu'à une cadence d'un sondage par minute pendant les périodes critiques lors de l'éclipse mais aussi avant et après, ainsi que les jours précédents et suivants. Le calcul du contenu électronique total (TEC) en sera déduit pour le comparer aux mesures similaires effectuées sur place à partir du système de positionnement global (GPS). Un récepteur très basse fréquence sera placé en Suisse pour capter des émissions dont les ondes seront réfléchies par l'ionosphère au-dessus de Dourbes. La collaboration de radioamateurs pour effectuer des réceptions similaires est programmée. Des mesures concomitantes du rayonnement cosmique au sol sont prévues grâce au supermoniteur à neutrons.

Il va de soi que les mesures météorologiques (p, T, h) seront spécialement programmées à une cadence suffisante par la station automatique située au Centre.


Contribution du Département Aérologie de l'Institut Royal Météorologique à l'observation de l'éclipse de Soleil du 11 août 1999.

Alexandre Joukoff
Institut Royal Météorologique
avenue Circulaire, 3
B-1180 Bruxelles

Le rayonnement solaire atteignant la surface terrestre est le premier paramètre affecté lors d'une éclipse de Soleil. Le rayonnement solaire a une influence directe sur la température, et les gradients de température qui se présentent lors d'une éclipse peuvent provoquer des variations dans le champ du vent en surface. C'est pourquoi il est intéressant d'observer les variations des diverses composantes du rayonnement solaire ainsi que du rayonnement terrestre pour pouvoir en déduire le bilan radiatif de la surface et établir des corrélations avec les autres paramètres météorologiques.

Le département Aérologie de l'IRM ne prévoit aucune mission spéciale pour effectuer des observations radiométriques dans la zone de totalité, un pyranomètre sera toutefois emporté par Marc Vandiepenbeeck pour effectuer des mesures du rayonnement solaire global (rayonnement solaire direct + rayonnement solaire diffusé) en un site situé dans la zone de totalité. Cependant, le programme de mesure de routine sera renforcé pour établir les courbes de variation des différentes composantes des rayonnements solaire, atmosphérique et terrestre durant l'éclipse avec une grande résolution temporelle. Ainsi, nous mesurerons à Uccle les composantes directe, diffuse et globale du rayonnement solaire, les composantes du bilan radiatif (courtes et grandes longueurs d'onde), la distribution spectrale du rayonnement solaire entre 300 et 1000 nanomètres, le rayonnement UV entre 295 et 385 nanomètres (UVA + UVB) et l'intensité lumineuse (partie visible du spectre) du rayonnement solaire. Dans les stations équipées d'un système d'acquisition et d'enregistrement automatiques (Raversijde, Melle, Saint-Hubert et Dourbes), nous mesurerons le rayonnement solaire global, le rayonnement solaire direct et les termes du bilan radiatif. Des mesures d'autres paramètres météorologiques seront disponibles à Uccle, Melle et Dourbes, pour établir des corrélations, notamment avec la température.

D'autre part, les observations effectuées depuis l'espace peuvent aussi apporter des renseignements précieux. Ainsi, nous pourrons calculer les termes du bilan radiatif le long de la trajectoire de l'ombre et dans la zone de pénombre à partir des images de METEOSAT. La méthode de calcul a été developpée à l'IRM et est actuellement appliquée aux images METEOSAT, en préparation de l'exploitation des mesures des termes du bilan radiatif avec l'instrument GERB (Geostationary Earth Radiation Budget) qui sera embarqué à bord des satellites METEOSAT Second Generation (MSG), le premier devant être lancé fin 2000.


Eclipse du 11 août 1999 : observations météorologiques au cours du phénomène

Marc Vandiepenbeeck
Institut Royal Météorologique
avenue Circulaire, 3
B-1180 Bruxelles

Au cours des éclipses du 11 juillet 1991 à San José del Cabo (Mexique), du 3 novembre 1994 à Putre (Chili) et du 26 février 1998 à Curaçao (Antilles Néerlandaises) on a réalisé des mesures de différents paramètres météorologiques. Au cours des deux premières éclipses citées ci-dessus, on a mesuré la température, l'humidité relative, le rayonnement solaire et la pression atmosphérique. Au cours de l'éclipse observée à Curaçao, on a observé les mêmes paramètres plus la vitesse et la direction du vent.

Au cours de l'éclipse de cette année, on envisage de réaliser les mêmes mesures des mêmes paramètres, à savoir la température, l'humidité relative, le rayonnement solaire et la pression atmosphérique avec les mêmes instruments utilisés pendant les éclipses du 11 juillet 1991 et du 3 novembre 1994. Une nouvelle station mesurant la température, l'humidité relative, la pression, la vitesse et la direction du vent sera également utilisée. La localisation précise du site n'est pas encore déterminée, mais les mesures se feront dans la région d'Epernay.

Les mesures débuteront durant la matinée du 10 août 1999 et elles cesseront dans l'après-midi du 12 août. Dans le premier système d'acquisition de données, on programmera deux périodes de mesure avec des pas de temps différents. Le second système permettra de comparer les mesures de la température de l'humidité relative et de la pression avec le premier système et d'avoir des mesures du vent. En effet, à Curaçao, on a remarqué une forte influence de l'éclipse sur la direction du vent. On pourra ainsi confirmer ou infirmer cette influence de l'éclipse sur la direction du vent. Cet effet avait déjà été pressenti par Mr E.A. Bernard lors de l'éclipse observée au Mexique.

Références :

Bernard E.A., Vandiepenbeeck M. et Verhas P., "Météorologie de l'éclipse totale de soleil du 11 juillet à San José del Cabo (Mexique)" Ciel et Terre, vol 108, pp3-10, 1992.
Vandiepenbeeck M., "Éclipse totale du 3 novembre 1994 à Putre (Chili) - Observations météorologiques ", Ciel et Terre, vol 112, pp 71-76, 1996
Vandiepenbeeck M. et Verhas P., "Observations météorologiques lors de l'éclipse du 26 février 1998 à Curaçao ", Ciel et Terre, vol 115 (à paraître).


Observation de l'éclipse du 11 août 1999

Christian Muller, Didier Gillotay et Michel Van Roozendael
Institut d'Aéronomie Spatiale de Belqique
avenue Circulaire, 3
B-1180 Bruxelles

Une éclipse totale de Soleil comme celle du 11 août est un événement exceptionnel dont les influences sur la chimie atmosphérique et le rayonnement ont été peu étudiées. L'Institut d'Aéronomie Spatiale (IASB-BIRA) l'observera par ses moyens au sol.

La station automatique de "monitoring UV-visible" de l'IASB-BIRA réalise des mesures spectrales, en bandes étroites de longueur d'onde et intégrées des composantes totale, diffuse et directe du rayonnement solaire entre 280 et 600 nm. Ces mesures sont destinées à établir expérimentalement la climatologie UV pour un site urbain à latitude moyenne tel que celui d'Uccle.

Un radiomètre à filtres comportant 10 canaux de mesure répartis entre 300 nm et 1,39 µm permet en outre, par mesure directe du rayonnement solaire, de déterminer les contenus totaux d'ozone et d'aérosol. Durant la durée de l'éclipse, partielle à Uccle, il est prévu d'augmenter la cadence de prise de données pour les mesures intégrées (pyranomètres et UV-mètres) et les mesures à bandes étroites de longueur d'onde (radiomètres à filtre) jusqu'à une fréquence d'une mesure par seconde. Il sera dès lors possible de déterminer avec une haute résolution temporelle la "cinétique" de la variation du rayonnement solaire en fonction du pourcentage du disque solaire masqué. Il sera également possible, si les conditions météorologiques le permettent (temps clair) de vérifier les théories de transfert radiatif en mesurant le rapport des composantes directes et diffuses (diffusion par l'atmosphère, les aérosols, les nuages) du rayonnement solaire atteignant la surface du sol. Si le temps est couvert, ces mêmes mesures devraient permettre d'obtenir des renseignements importants sur le mécanisme de la diffusion de la lumière par les nuages pour des hauteurs élevées du Soleil (environ 55° le 11 août à 12h. UT).

L'IASB-BIRA dispose également d'une station mobile de mesure de la composition atmosphérique basée sur le principe de la Spectroscopie d'Absorption Différentielle (DOAS), notamment utilisée pour valider les résultats de l'instrument spatial GOME en orbite sur le satellite de l'Agence Spatiale Européenne ERS-2. Cette station pourrait être déployée à Uccle ou sur le trajet de l'éclipse en vue d'effectuer une mesure des changements induits dans la composition atmosphérique. Les constituants visés sont des molécules à durée de vie courte telles que le dioxyde ou le trioxyde d'azote dont l'équilibre photochimique pourrait être perturbé à l'échelle de temps de la durée de l'éclipse (quelques minutes). L'objectif scientifique principal d'une telle expérience serait de tester, à l'aide de modèles de chimie atmosphérique appropriés, notre bonne compréhension des processus chimiques contrôlant la réponse de l'atmosphère à l'éclipse, principalement dans la stratosphère.


ECLIPSE Webmaster Last updated on 13/04/1999 by JV